Fusion PSA/FCA

Fusion PSA/FCA

Rédigé le 01 novembre 2019


 

Le contrat de mariage ne sera pas conclu avant plusieurs semaines, mais un accord de principe a d'ores et déjà été trouvé. Jeudi, PSA et Fiat Chrysler (FCA) ont donné leur feu vert à un projet de fusion qui ferait des deux constructeurs le N°4 mondial de l'automobile.

La naissance de ce nouveau couple se fait pour le moment sous l'œil plutôt bienveillant des témoins gouvernementaux. Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a fait savoir qu'il « accueillait favorablement l'entrée en négociation » des deux groupes, tandis que sa secrétaire d'Etat, Agnès Pannier-Runacher, y voit un moyen de « renforcer la solidité du groupe PSA ». Mais que ce soit du côté du constructeur français ou de sa promise américano-italienne, chacun a ses propres intérêts à se jeter dans les bras de l'autre.

Atteindre une « taille critique »

D'un côté, PSA et ses 3,9 millions de voitures vendues l'année dernière. De l'autre, les 4,8 millions de véhicules écoulés l'année dernière par Fiat Chrysler. Mélangez le tout et vous obtenez une entité pesant 8,7 millions de voitures. Avec une telle poussée de croissance, cela permettrait au nouveau groupe de faire de substantielles économies. Les deux constructeurs préfèrent évoquer des « synergies annuelles et progressives » de l'ordre de 3,7 milliards d'euros.

PSA-Fiat Chrysler : derrière le projet de fusion, un mariage de raison

PSA et Fiat Chrysler étant tous deux des constructeurs généralistes, les futures voitures produites par le nouveau groupe devraient avoir des plateformes et de nombreuses pièces en commun. « Le levier d'économies est colossal, souligne Eric Saint-Frison, consultant automobile. Au lieu de développer un moteur, un alternateur, une boîte de vitesses ou une transmission pour des centaines de milliers de véhicules, vous allez pouvoir le faire pour deux fois ce volume. » De quoi donner également une plus grande marge de négociations sur les tarifs dès qu'il s'agit de commander des pièces auprès de sous-traitants.

Les portes de l'Amérique s'ouvrent pour PSA

Il y a 30 ans, à cause de chiffres de ventes calamiteux, Peugeot avait dû renoncer au marché américain et plier bagage. En début d'année, PSA annonçait le retour de la marque au lion sur le continent pour tenter de faire son trou sur les terres de Ford et General Motors. En s'alliant avec FCA, le Français se ferait ainsi très rapidement une place de choix outre-Atlantique.

« Chez Fiat Chrysler, la partie américaine pèse très lourd avec des chiffres de ventes de pick-up énormes. Ils vendent par exemple plus de 600 000 Dodge Ram par an. C'est beaucoup plus que n'importe quel modèle de la gamme Fiat », souligne Eric Saint-Frison. Et comme ces véhicules ne brillent pas par leur technologie, ils ont l'avantage d'être très rentables pour FCA.

 
 

Les deux constructeurs gardent également dans leur ligne de mire la Chine, un marché dominé par les marques locales et les mastodontes Volkswagen et Toyota. Pour PSA, l'échec est même total dans ce pays avec environ 200 000 véhicules produits par an pour une capacité d'un million…

Un retard technologique à combler pour Fiat Chrysler

Pour tous les experts du secteur, le talon d'Achille de Fiat Chrysler saute aux yeux. « Depuis très longtemps, FCA est une entreprise gérée de manière financière. Il y a donc un sous-investissement chronique en R & D (recherche et développement) », analyse Vincent Frigant, professeur d'économie à l'université de Bordeaux. À l'inverse, les investissements de PSA en font l'un des plus gros investisseurs en R & D sur le Vieux continent.

Pour Fiat Chrysler, le temps presse. Alors que les normes environnementales sont amenées à être de plus en plus drastiques, en particulier en Europe, le groupe doit mettre le paquet pour produire des véhicules émettant moins de CO2. Cela passe par les voitures électriques ou par une autre technologie.